Posté par francois francois le 29 août 2013

méditation

La méditation en deux secondes

Le titre de cet article fera mourir de rire n'importe quel méditant par sa profonde contradiction. On ne peut pas acquérir la pratique de la méditation par la contrainte, qu'elle fusse de temps ou d'argent.

S'il y a bien une chose à retenir de la méditation, c'est qu'il n'y a rien à en attendre. Ce n'est pas un faire pour avoir mais un faire pour être. Ainsi, n'attendez pas que la méditation vous rende zen, lucide, productif ou pire : vous vide la tête. N'attendez rien. Mais vraiment rien. C'est le premier lâcher-prise absolument nécessaire pour y goûter : l'acceptation de la perte du temps capitaliste, car le temps consacré à la méditation n'est pas un investissement à rentabiliser.

Méditer, c'est porter un regard sans jugement sur son intérieur.

On peut méditer partout, dans n'importe quelle condition, mais un relatif calme extérieur voir intérieur est plus que recommandable. Pour être dans la position de l'observateur de son intérieur, on va donner au corps des signaux. On commence par le choix pertinent d'un endroit, puis d'une position. S'il existe quantité de positions, être confortablement assis mais suffisamment droit pour ne pas s'endormir, les mains sur les cuisses, suffit amplement. Il faut être décontracté mais pas dans le repos.

Ensuite, les préliminaires : on commence la descente dans son intérieur par de la respiration abdominale lente, les yeux clos. Gonfler et vider le ventre profondément mais sans exagération, dans un lent massage à la force de ses abdominaux. A ce moment, on prête attention à ses sens, à ce qu'ils racontent du début de ce moment à soi. En inspirant par le nez, on goûte à l'air frais et sec ; l'expiration par la bouche renvoie la polarité chaude et humide. On écoute son souffle, on se laisse emporter dans son rythme qui va gagner en calme au fur et à mesure. L'attention se porte sur cet air (cette vie, cette joie) qui envahie, remplie. On imagine son cheminement dans le corps et établissons ainsi le contact avec celui-ci. On peut promener son attention dans son corps, parcourir les membres, les articulations, les organes, le système sanguin ... Cette écoute va donner de nombreuses indications sur notre état d'âme, toute tension étant symptôme. Au bout d'un certain temps, une stabilité physique apparaît.

Le corps est prêt, le souffle toujours calme et profond, c'est au tour de l'esprit de recevoir son observation si le moment est propice. Au début, c'est souvent (forcément) confus. Comme si dans notre tête un petit macaque sautait de place en place, rigolard dans le chaos qu'il sème. Nous sommes en permanence le siège de pensées et d'émotions. On ne peut les chasser. On ne peut qu'une seule chose : les observer et peut-être développer un rapport avec elles.

Observer, c'est plutôt facile, quoiqu'il vaille mieux savoir ce que l'on observe. Nous sommes pauvres par défaut sur le sujet : le système éducatif se garde bien de nous éduquer à la connaissance de notre intérieur, à la qualification essentielle de nos pensées et émotions, pour que le Système nous dévore mieux par l'inconscience de nos actes compulsifs. Cette connaissance est très profondément subversive car tout le marketing, et même toute pratique de domination s'appuie sur la manipulation de cette inconscience.

Observer ses pensées et émotions comme si on faisait un reportage sur soi-même. Dresser un bulletin météo de son intérieur, sans juger. Et c'est bien cette absence de jugement qui est le plus difficile à atteindre, puisque nous sommes dressés et même rémunérés comme des machines à juger en permanence, ce qui fait de nous des êtres particulièrement craintifs des jugements extérieurs, et génère le comportement maladif du culte de l'apparence ou encore l'obsession sécuritaire.

Observer sans juger, c'est accepter par la prise de recul, c'est lâcher prise. Comme un naturaliste, il faut observer, patiemment, à l'affut, et regarder passer ces bancs de pensées et d'émotions. Se les décrire, les accueillir sans offrir de résistance. Sans se laisser happer par elles sous l'emprise du jugement, ou la méditation va se transformer en une sordide rumination qui fera quitter l'instant présent. Le temps de l'utilisation des données de ces observations viendra plus tard.

La présence à l'instant est la clef de la méditation. C'est elle qui protège des dérives de rumination, qui empêche de revivre les souffrances du passé et d'angoisser le futur. Parfois, on peut invoquer le passé pour y porter un nouveau regard mais seulement si on se sent réellement d'une meilleure acuité. Sachez cependant que vous prenez des risques pas forcément nécessaires ...

Des fois, ça ne marche pas du tout : on ne peut pas méditer, les pensées et les émotions sont trop fortes et nous emportent en très peu de temps et on se rappelle qu'il faut acheter du pain au milieu de ce moment sacré à soi. Il n'y a pas de méditation ratée : on aura compris que ce n'est pas le moment et qu'un autre moment doit précéder celui-ci, comme une bonne promenade contemplative, un bon repos ou une course à faire ...

A bientôt dans d'autres billets méditatifs ;)

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