Posté par francois francois le 16 décembre 2014

autres gens

Les gens

Avoir des conversations avec des personnes différentes de soi, autant dans le mode de vie qu'en opinions politiques, est toujours une richesse. Mais l'appréhension de la différence est un outil difficile à acquérir et à manier. Nous nous fabriquons toujours nos propres structures mentales, celles qui nous permettent de donner cohérence à ce que nous faisons et ce que nous pensons, et nous nous les rendons pratiques avec pas mal d'abus.

Ce midi, un de mes interlocuteurs psalmodiait de nombreuses fois des phrases d'où sortait un refrain bien connu : les gens ne ... si, les gens ne ... ça ... Je dois avouer que cela m'agaçait. Et cette agacement, n'était pas tant tourné vers lui que vers moi. Ma sphère familiale abuse depuis longtemps de ce fantasme de bouc-émissaire : "les gens". Ceux qui ne respecte plus rien, ceux n'ont pas le niveau de perfection qu'on aimerait y trouver (mais comment exiger des autres ce qu'on n'arrive pas à exiger de soi ?). J'ai porté longtemps à mon insu ce paradigme de "l'autre forcément responsable", non par choix mais par pur mimétisme. C'est un mécanisme tellement pratique, tellement bien rodé, tellement utilisé par notre société.

Je suis toujours choqué de la sévérité des jugements portés sur "les gens". On dirait que "les gens" ont tout choisi : la société dans laquelle ils sont nés et vivent, les médias auxquels ils sont exposées, leur système économico-politique ... Je n'offre pas une carte blanche de déresponsabilisation. Je note simplement que sortir du "les gens si, les gens ça" passe par accorder une certaine compassion. Moi-même très fortement manipulé par les médias dans ma plus tendre enfance, je me rend bien compte qu'il est difficile de se sortir de là, et que la société de consommation, avec son bonheur individualiste, s'appuie très exactement sur ce concept pour améliorer son rendement.

Les gens n'existent pas ... y croire est au mieux du fantasme simpliste, sinon du terrorisme social.

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